Les Moscovites d'Esionov s'exposent à Paris

Par Bertrand Guyard - Le 06/06/2013

Autour d'aquarelles de la capitale russe, le peintre croque une galerie de personnages qui incarne la renaissance de la ville. Du champion d'échecs Karpov à Mikhaïl Gorbatchev, le tout-Moscou en un clin d'oeil.

Comment peut-on réunir en un seul endroit un couturier, un cosmonaute, deux réalisateurs, un homme politique et un grand maître d'échecs ? Le peintre russe  Andrey Esionov réussit ce prodige en exposant à Paris sept portraits des hommes qui comptent à Moscou. L'artiste a déjà rendu public  son travail cet hiver dans la capitale russe. Cette exposition, intitulé simplement « Moscou et les moscovites », s'est tenue à l'académie russe des arts. Tair Salakhov, son vice-président, a rendu un hommage appuyé à son travail. Il a insisté notamment sur le choix judicieux des personnalités peintes par Esionov : «  Pour moi, ce ne sont pas seulement des personnages célèbres, ils sont tous doués de talents et pétries de valeurs humanistes ».

Karpov par Esionov

 

L'art du portrait

Il n'est de richesses que d'hommes, disait  le penseur Jean Bodin. Esionov, dont  l'incursion dans le genre du portrait à l'huile est récente, peut faire sienne cette maxime.  Mikhaïl Gorbatchev est certainement le plus fameux des grands hommes moscovites d'Esionov. Et pourtant le portraitiste, comme souvent, introduit un léger décalage. Le héros de la Perestroïka regarde, grave, un who's who. Le portrait d'Anatoly Karpov, douzième champion du monde d'échecs, successeur du génial américain Bobby Fischer, fait face sur le tableau à un sablier et au penseur de Rodin. La métaphore est évidente. Car dans le monde en noir et blanc des 64 cases, le maître lutte avant tout contre le temps. Le cosmonaute Alexei Leonov, lui, fut l'un des héros de l'union soviétique. En 1965, il fut le premier homme à sortir d'une capsule spatiale en orbite autour de la terre. En pleine guerre froide, l'exploit fut historique. Et bien sûr, Esionov a imaginé Leonov pointant deux étoiles dans le cosmos. La première étoile pour son exploit extra-véhiculaire. La deuxième étoile pour avoir été l'un des artisans du rapprochement russo-américain en participant à la mission Apollo-Soyouz.

 

L'art du symbole

Esionov aime dans ses tableaux associer les symboles. Le cinéaste Naumov, réalisateur deTéhéran 43, fiction historique qui revient sur l'attentat, raté, contre Staline, Roosevelt et Churchill, est couvé par Pégase, le cheval ailé du tout puissant Zeus qui, dans la mythologie grecque, était l'ami des muses, protectrices des arts. Eldar Ryazanov, maître de la comédie grinçante, voit à ses pieds un lion endormi. Car, peut-être dans l'intolérante URSS, il savait su dompter le fauve bolchévique. Les métaphores d'Esionov sont aussi parfois très abstraites. Le créateur de mode Vyacheslav Zaytsev, est croqué en train de peindre un poisson couronné. Le poète face à un insaisissable habitant des mers, guide subtil de son imagination.

 

 

Moscou, mon village

Artiste du rêve, une couleur bleutée domine ses oeuvres  à l'aquarelle de la capitale millénaire, « la couleur d'un village » affirme-t-il, fasciné par les grandes villes qui ont une âme. Après Moscou, je vais peindre Jérusalem puis Rome et pourquoi pas Paris qui est la petite soeur de ma ville ». Alors que ses portraits à l'huile sont d'une étonnante précision, ses aquarelles sont évanescentes. À travers ses tableaux, on musarde dans la gigantesque mégalopole. De la rue Maroseika au boulevard Gogol, en passant par Kitai-Gorod, on déambule comme dans Montmartre. On aperçoit de loin les flèches des églises orthodoxes. On passe devant un café. La Nouvelle Moscou a érigé des tours. Ici comme à Paris la modernité côtoie l'histoire. Moscou a mille ans. Elle a vu Ivan le Terrible. Napoléon l'a vue en flamme. Hitler a voulu la raser. Staline dominait le monde lorsqu'il faisait défiler ses katiouchas sur la Place Rouge. La place Rouge, symbole, malgré elle de la ville, est à dessein absente de l'oeuvre d'Esionov. Le peintre préfère le bleu.

 

Moscou et les Moscovites, Art Galleries Europe  78 avenue de Suffren  - Village Suisse, Gallery 66, Paris VIIème, métro La Motte Picquet Grenelle

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